Anne-Laure Maison : une artiste en résidence à la Camif

En 2010, la Camif s'est lancée dans une expérience particulièrement innovante en accueillant dans ses locaux durant trois mois, l'artiste Anne-Laure Maison. Dans un contexte de mutations, Emery Jacquillat PDG de Camif-Matelsom, a décidé d'accompagner chacun des changements de son entreprise en accueillant une artiste en résidence. L'idée étant de redonner du sens, de recréer du lien entre ses salariés, du plaisir au travail, d'adopter une culture de l'expérimentation et le goût de se réinventer, d'innover, et de placer davantage la richesse principale de la société : ses Hommes au centre des préoccupations.
Découvrez Anne-Laure Maison, l'artiste qui nous accompagne ici et ailleurs, en entreprise et chaque année sur le Tour Camif !

2010 : Un tournant pour Camif-Matelsom

C’est en 2010, lors du déménagement du siège social de Matelsom et de la relance de la Camif, qu’Emery Jacquillat, fondateur et actuel dirigeant, avait la volonté d’instaurer au cœur de son entreprise une culture collaborative et d’accompagner chacun des changements de son entreprise en faisant appel à une artiste en résidence. Il était primordial pour la société, de recréer du lien entre chacun, de surprendre et de susciter des échanges sur de nouveaux modes de fonctionnement. C’est pourquoi, après une rencontre avec l’agence Arts Affaires, la Camif s’est lancé dans une collaboration avec Anne-Laure Maison.

Au dernier trimestre 2010, l’artiste en résidence a partagé le quotidien des collaborateurs dans les locaux de Niort ainsi qu’à l’entrepôt de Dreux. Elle a disposé d’un bureau, a assisté aux réunions, a échangé avec les collaborateurs, déjeuné avec eux… faisant de l’entreprise son espace de travail et sa source d’inspiration artistique.

Anne-Laure Maison et la Camif : l'art en entreprise

Anne-Laure Maison a fait des études de design d'espace aux Beaux-Arts de Toulouse (1998-2003), a travaillé en agence d'architecture chez R&Sie, François Roche (2002), puis s'est ouverte au champ de l'art en faisant la résidence Le Pavillon au Palais de Tokyo (2004-2005).

La recherche artistique d'Anne-Laure Maison est entièrement focalisée sur la maison et l'habitat humain. Sa collaboration avec la Camif est le fruit d'une parfaite affinité conceptuelle, dont la première matérialisation a été la réalisation de la carte de voeux 2010.

 

Les étapes de la résidence et la construction de l'oeuvre artistique

N°1 : Entrée de l'artiste

Quand Anne-Laure Maison est arrivée à la Camif, elle est tout d’abord allée à la rencontre des salariés en leur proposant de réaliser leur portrait, s’inscrivant dans une démarche artistique déjà engagée en 2007 par l’artiste. Il s'agit de doubles portraits : celui des habitants d'une maison ou d'un appartement et celui d'une des pièces de leur habitation, le plus souvent le salon. Ils sont un condensé des préoccupations artistiques d’Anne-Laure, à savoir l'Homme et sa maison.

Le premier à se prêter au jeu a été notre chef d’entreprise, Emery Jacquillat, ouvrant la voie à de nombreux autres portraits de collaborateurs de la société.

Cette série interroge sur le rapport entre les personnes et l’aménagement de leur maison, la part de soi que l’on met chez soi. Cette œuvre prend tout son sens pour la Camif, qui permet aux internautes de se composer un intérieur qui leur ressemble.

N°2 : Travailler l'espace de travail

Anne-Laure Maison a assez vite commencé à jouer avec les lieux en s’attaquant à la porte d’entrée, avec une oeuvre éphémère. Installés dans l’ancien magasin de la Camif à Niort, les collaborateurs rentraient par la petite porte du Service Après-Vente (tout un symbole pour la Camif). L’artiste Anne-Laure Maison a vu dans cette porte, l’entrée dans un rêve.

Et pourtant, pratiquement personne ne l’a remarqué. Anne-Laure Maison s’en est étonné, surprise : aurions-nous perdu l’aptitude à voir les choses, pourquoi ne prenons-nous pas le temps de regarder ? Métro-boulot-dodo… C’est pourquoi l’artiste a progressivement contribué à « ouvrir les yeux » des collaborateurs en les incitant chaque jour à découvrir où se cachait sa dernière oeuvre, réveillant ainsi leur regard critique sur le monde et leur capacité d’émerveillement.

N°3 : Créer du lien entre collaborateurs

Anne-Laure Maison s’est progressivement appropriée notre espace de travail afin de poser son regard sur notre façon d’échanger et d’interagir au sein de l’Open Space. Dans cette œuvre, elle a matérialisé tous les contacts physiques entre collaborateurs par une bande rose fluo fixée au sol, illustrant le fait qu’une entreprise ne peut fonctionner sans communication physique. En effet, même si beaucoup de choses peuvent se gérer à distance, les liens directs sont souvent libérateurs et donnent lieu à beaucoup moins d’incompréhensions.

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C’est en nous observant travailler, choquée par le fait que l’on s’envoie des emails à longueur de journée, qu’Anne-Laure a eu l’idée géniale, dès qu’elle voyait un collaborateur se lever pour aller parler à quelqu’un d’autre à un autre bureau, de matérialiser cela en scotchant une bande rose au sol. Au début, tout le monde se demandait ce que faisait Anne-Laure à quatre pattes en train de scotcher des bandes roses au sol. Et progressivement l’entreprise s’est couverte de bandes roses et les collaborateurs ont compris l’importance du lien, de l’humain, de l’échange, du vrai !

Emery Jacquillat, PDG de Camif-Matelsom

N°4 : Gommer les distances

Sur ces deux photomontages, l’artiste Anne-Laure Maison a réuni deux photographies, l’une avec les équipes de Niort (79) et l’autre avec celles de Vernouillet (28), tous unis par ce lien rose. Puis elle a fusionné les deux sites distants, le magasin niortais et l’entrepôt logistique du Drouais. Deux images qui deviennent le symbole de l’unité de l’entreprise.

Des bénéfices pour les collaborateurs et la Camif

L’intégration d’un artiste à la Camif a tout d’abord suscité la curiosité et parfois la défiance des collaborateurs, surpris par la démarche, surtout compte tenu d’un contexte difficile de surcharge de travail générée par les nombreux changements opérés au cours de l’année. Mais le choc des cultures entre le monde du travail et l’artiste, entre la culture de la performance de l’entreprise et celle du sensible de la quête artistique s’est rapidement révélé une source d’enrichissement réciproque.

Interrogés sur la création et sur la place du Beau, les collaborateurs prennent part à une réflexion qui pose des questions sur le sens de notre engagement au quotidien, sur ce qui compte pour nous, savoir ce qui est essentiel, sur comment être plus en harmonie entre nos désirs et notre être, notre action et notre réflexion, notre rapport aux autres, le rapport entre travail et intime, professionnel et personnel.

L’art, lui, se frotte à un monde dur, exigeant, où la performance prime sur le sensible. Si l’artiste ne propose pas de solution, mais des points de vue, des regards, il encourage à oser imaginer, à s’ouvrir à l’imprévisible, à apprécier les changements.

Les collaborateurs osent d’avantage, usent d’une plus grande liberté de méthode au service de la créativité et de l’invention. Encourager l’imagination, la fantaisie, la rupture, l’étrange, la présence même de l’artiste dans l’entreprise induit une modification du comportement, ne serait-ce que par mimétisme ou par l’énergie virale diffusée, rendant presque contagieux l’enthousiasme et le désir. Ils prennent progressivement conscience qu’à travers la résidence, eux-mêmes participent à l’œuvre d’art.

Prendre confiance en soi, se fier d’avantage à ses intuitions et reconnaître son talent pour oser prendre plus de risque.

Lors d’une réunion avec les salariés du site de Niort, où Anne-Laure avait « tagué » les places de parking au nom d’artistes contemporains, elle a expliqué sa démarche : « En fait, je me suis rendu compte que vous aussi étiez des artistes. Vous êtes ceux qui au quotidien modèlent votre projet d’entreprise, dans un contexte difficile et mouvant, vous faites progresser l’entreprise, vous êtes les Le Corbusier de la Camif ou les Basquiat de la literie. Allez au bout de vos rêves ».

Pour la plupart des collaborateurs, ces places de parking portaient certains noms énigmatiques : Alain Bublex, Jeff Wall, Joseph Beuys, Vito Acconci… Autant de jeunes artistes de la génération d’Anne-Laure Maison dont elle apprécie le travail qu’elle a voulu faire connaître. Cela a offert la possibilité aux collaborateurs curieux de mettre à jour leurs connaissances artistiques, en allant surfer sur internet pour trouver des images de ces artistes. Jamais une exposition réunissant tous ces artistes n’a, ni n’aura sans doute lieu dans Niort. Il aura fallu qu’Anne-Laure taggue leur noms sur le parking du magasin Camif de Niort pour qu’ils soient découverts.

Mais au-delà du bénéfice direct pour les collaborateurs, sur la création de lien et le partage de valeurs, la résidence apporte des bénéfices induits extrêmement appréciables pour l’entreprise :
Stimuler la créativité et l’innovation : libérer les énergies, lever les peurs, s’approprier une culture de l’expérimentation, intégrer une des valeurs de l’entreprise. En d’autres termes, faire preuve d’AUDACE !
•  Accompagner le changement : aborder des thèmes sensibles, optimiser la fluidité des échanges par le partage autour d’un sujet chargé de sens mais sans enjeu, remettre l’Humain au cœur. Développer une des valeurs de l’entreprise : l’ATTENTION !
Embellir l’espace de travail : améliorer la qualité de vie au travail, favoriser l’appropriation des lieux, susciter un sentiment de fierté et d’appartenance, introduire de l’esthétique et du rêve dans un cadre fonctionnel.

Comprendre la démarche de l'artiste

Pour Anne-Laure Maison, artiste en résidence, l’entreprise est un univers atypique et stimulant, parce que profondément humain. Elle réussit, malgré la charge de travail importante des équipes, à se frotter à une nouvelle source d’inspiration, le monde de l’entreprise et ses Hommes.

De la même manière que l’artiste crée à partir du matériau que l’entreprise lui offre, la recherche artistique in situ du créateur nourrit la réflexion de l’entreprise sur sa mission, sa culture et ses valeurs. Avec un regard créatif et humaniste, sa lucidité et sa candeur, sa curiosité et sa bienveillance résultent en un échange enrichissant avec les collaborateurs et en une ouverture sur un champ de possibles à explorer.

La finalité reste bien sûr la production d’une œuvre d’art, exposée au public, dont la teneur n’est néanmoins pas programmée a priori, mais qui se nourrit petit à petit en fonction des échanges avec l’entreprise et sa « culture ». Le travail de l’artiste ne se limite d’ailleurs pas au « produit fini », mais réside aussi dans le travail au quotidien dans l’entreprise, dans le sens où ce qui constitue l’œuvre c’est justement ce qui est en œuvre, en quelque sorte un « happening » qui dure le temps de la résidence !

 

De l'expérience de la résidence artistique à l'oeuvre d'art

Il nous reste une question que nous n’avons pas encore tranché avec l’agence Arts Affaires et l’artiste Anne-Laure Maison : quelle suite va-t-on donner à ce projet ? L’artiste et la Camif ont très vite voulu garder une trace, notamment par la photographie. Rapporter une trace de l’oeuvre est donc une sorte de réflexe intégré à la démarche de l’artiste, pour donner à l’oeuvre une chance d’être connue, reconnue par un plus large public, pour replacer les œuvres dans les circuits traditionnels du monde artistique, des galeries, des musées, des lieux d’exposition.

« L’objectif est de valoriser le travail de l’artiste, non seulement pour lui mais aussi pour l’entreprise et ses salariés qui auront côtoyé, voire participé à la réalisation de son travail. En réintégrant les productions de l’artiste dans le contexte habituel d’exposition des œuvres, on opère un aller-retour entre les mondes de l’art et de l’entreprise. On permet au salarié de choisir d’aller ou non vers l’oeuvre qui a été/s’est produite au sein de son entreprise, d’agir en spectateur émancipé. » Catherine Gier, artiste du collectif Offre Publique d’Art.

C’est d’ailleurs en offrant de la visibilité à ce genre d’expérience artistique, en montrant ce qui se passe dans les entreprises innovantes d’aujourd’hui qui osent l’art, qu’émergera et s’affirmera un art pertinent dans sa relation à l’entreprise, en tant que forme esthétique à même d’introduire un étonnement dans l’espace de l’expérience commune.
Cette expérience est-elle reproductible ?

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Les initiatives pour rapprocher les artistes et les entreprises fleurissent depuis de nombreuses années, mais elles trouvent un écho de plus en plus favorable : nous sommes tous en quête de sens dans un monde de plus en plus difficile où les changements technologiques s’accélèrent entraînant des crises de plus en plus fréquentes nécessitant des mutations permanentes, suivant le processus de Destruction Créatrices si bien décrit par l'économiste Joseph Schumpeter. L’art apporte un regard extérieur utile et enrichissant en se nourrissant du matériau que lui offre l’entreprise. Il me semble en plus que les frontières se floutent entre vie personnelle et professionnelle, sphère privée et publique, monde économique et artistique. Les artistes et les entreprises ont donc beaucoup à gagner à se frotter et à partager un bout de chemin ensemble.

Emery Jacquillat, PDG de Camif-Matelsom

Artiste en entreprise : quelques bonnes pratiques partageables

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« Je serai ravi que notre expérience fasse des émules, parce que c’est une belle oeuvre, que nous en avons retiré personnellement et collectivement beaucoup de bonheur. Ma principale leçon en tant que manager est que la vraie richesse d’une entreprise est sa capacité à créer du lien, avec ses collaborateurs, ses clients, ses fournisseurs… Cela a été une source d’inspiration qui m’a alimenté plusieurs années durant, jusqu’à notre Tour Camif où Anne-Laure nous fait le plaisir de participer chaque année. Cela vaut le coup d’oser ! »

Emery Jacquillat, PDG de Camif-Matelsom

Ces bonnes pratiques sont issues des recommandations personnelles et intuitives d’Emery Jacquillat, basées sur l’expérience particulière et singulière que la Camif a vécue à travers la résidence artistique d’Anne-Laure Maison :

  • Tout d’abord, il faut bien être conscient que ce n’est pas une expérience facile à mener. Très engageante, on ne peut pas y aller à moitié. Il faut être prêt à essuyer les critiques de ses proches collaborateurs, le regard de ses employés, de ses actionnaires. Il faut un environnement tolérant au risque et donc à l’échec, un minimum ouvert à l’art et aux aspects humains.
  • Connaître l’artiste en ayant déjà travaillé avec lui sur un projet moins ambitieux semble être une bonne chose avant de s’engager pendant 3 mois à le voir au quotidien agir sur la matière première de l’entreprise, sa richesse la plus profonde : l’Humain. Avec Anne-Laure Maison, nous connaissions son travail pour l’avoir retenu un an plus tôt pour la réalisation de notre carte de vœux.
  • Organiser plusieurs rencontres entre les investigateurs du projet et l’artiste. Nous avions eu l’occasion d’échanger avec Anne-Laure Maison et nous avions la volonté d’aller plus loin, compte tenu de son travail et de son patronyme, hasard et coïncidence étonnante avec notre métier sur l’équipement de la maison. L’idée de la résidence a fait son chemin, les deux parties étant très désireuses et curieuses de pousser la collaboration.
  • S’approprier les outils et intégrer les productions artistiques développées pendant la résidence dans le quotidien de l’entreprise (présentations, réunions…)
  • S’entourer d’une agence ou d’un professionnel ayant l’habitude de parler et de « gérer » des artistes : si l’expérience est difficile pour l’entreprise, elle l’est tout autant pour l’artiste. Il se frotte et se pique au quotidien à un monde dont il ignore souvent tout : des codes de conduite, des styles de communication, des règles de la société, du non-dit, de la pression, des enjeux économiques de l’entreprise, des relations de pouvoir, l’artiste découvre ce nouveau monde en même temps qu’il s’en imprègne, avec toute sa sensibilité. Il y a un jour où l’artiste craque et ce jour-là, il faut quelqu’un qui le comprend, qui lui remonte le moral, à qui il peut s’adresser de manière neutre et bienveillante, qui n’est pas donc pas engagé dans le processus artistique de l’oeuvre qui se joue. Il en va de la survie de l’expérience.

Pour la Camif, c’est l’agence Arts Affaires qui a joué ce rôle d’intermédiation indispensable, en organisant un point hebdomadaire avec l’artiste et un point mensuel avec l’entreprise.

 

3 mois après la fin de la résidence, qu'en reste-t-il ?

La résidence artistique d’Anne-Laure Maison est une oeuvre d’art en soi, qui appartient aujourd’hui à Camif-Matelsom. Œuvre éphémère, mais œuvre prégnante qui a laissé des traces :

  • Des traces physiques : les bandes roses au sol « connectant nos bureaux à l’image d’une carte réseau » nous rappellent tous les jours que la richesse est dans l’échange et qu’il suffit de suivre la ligne pour aller parler à un collègue.
  • Une emprunte durable dans notre culture d’entreprise : ce projet commun est une belle illustration d’une oeuvre collective qui permet à chacun de ne plus dire : « avant, à la Camif, on faisait comme ça », mais qui a laissé un véritable sentiment d’appartenance à une nouvelle et même entité : Camif-Matelsom.
  • Un outil de communication externe efficace : marquer nos différences, notre expérience d’art en entreprise est un véritable actif pour la société qui a développé son capital sympathie et améliorer sa capacité à attirer et recruter des profils rares (internet en province). Une entreprise où on accueille un artiste est par définition une entreprise ouverte sur le monde, qui accepte et s’enrichit des différences de chacun. C’est un plus dans un marché de l’emploi Niortais largement préempté par les Mutuelles (MAIF, MAAF, MACIF… qui offrent des conditions salariales et des avantages sans commune mesure avec ce que notre PME peut offrir). Notre dernière recrue, e-merchandizer, est venu de Londres pour passer un entretien en nous expliquant qu’il adorait notre société !

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